Si vous exposez dans une galerie ou une institution (centre d’art ou FRAC par exemple), son organisation sera généralement prise en charge par l’équipe du lieu. Aussi, nous partirons du principe que vous exposez dans un autre espace. Vous devrez alors organiser seul une exposition de vos œuvres.

Exposer vient du latin « exponere ». Ce mot a le double sens de « mettre à la vue de » et « dire, expliquer ». Il y a donc un double enjeu dans une exposition : montrer et informer.

Toute exposition doit aussi prendre en compte l’espace dans lequel elle se déroule ainsi que son environnement immédiat. Réussir ce dialogue demande une préparation minutieuse.

Elle s’élabore donc longtemps avant son lancement et suit une démarche partagée par l’ensemble des acteurs du monde artistique.

1. Choisir des œuvres et définir un thème

Que vous exposiez seul ou avec d’autres artistes, il faut choisir des œuvres en fonction de leur proximité thématique, afin que tous les travaux retenus soient liés.

A partir des liens entre les œuvres, vous pourrez en définir une problématique et ainsi avoir un angle d’approche afin de sensibiliser le public au sujet que vous souhaitez mettre en avant.

Vous pouvez également définir d’abord une thématique et ensuite, sélectionner des œuvres, si vous êtes par exemple membre d’un collectif ou d’une association d’artistes.

N’hésitez pas à retenir un nombre plus important d’œuvres, afin d’avoir la latitude de faire une seconde sélection ultérieurement. Ce premier choix vous permet aussi, à l’aide d’une petite fiche synthétique, de définir vos besoins concernant le lieu dans lequel vous exposerez.

2. Choisir le bon espace d’exposition

Si vous voulez organiser seul une exposition, le choix du lieu est important. Il est même primordial car il conditionne votre préparation.

Une fois les espaces où vous ambitionnez d’exposer sélectionnés, il faut impérativement prendre rendez-vous afin de visiter les lieux. C’est essentiel, il ne faut pas se contenter d’échanger par courriel et d’avoir des images de l’espace. Elles ne remplaceront jamais son appréhension directe.

La surface d’exposition

La première question qui se pose est celle de la surface. Suivant le type d’œuvre que vous souhaitez exposer, il vous faut prêter attention :

  • à la surface au sol, pour les œuvres en 3 dimensions ou les installations
  • à la surface murale pour les œuvres en 2 dimensions.

L’idéal est de demander un plan avec une échelle au gestionnaire du lieu. Cela vous permet, avant de le retenir, de le comparer à d’autres, d’imaginer quelle quantité d’œuvres vous pourrez exposer. Vous pourrez aussi vous assurer qu’il correspond à vos besoins au regard de la fiche synthétique des œuvres retenues lors de votre première sélection.

Certaines issues doivent obligatoirement rester dégagées, notamment les issues de secours. Ce point est à garder à l’esprit car il réduit l’espace d’exposition et de circulation autour des œuvres.

Enfin,il ne faut jamais oublier que tout espace accueillant du public a une capacité limitée de visiteurs simultanés (la jauge) pour répondre aux conditions légales de sécurité. C’est un élément à ne pas négliger, notamment pour des questions d’assurance et de responsabilité.

L’agencement du lieu

Vous regarderez ensuite l’agencement de l’espace. C’est à dire la disposition des ouvertures et des issues, leur nombre et l’espace qu’elles occupent, qui, suivant votre projet peuvent être un atout ou une contrainte. En effet, si vous envisagez d’exposer des œuvres vidéos, il est toujours préférable d’avoir un espace sombre, afin que la lumière ne perturbe pas la vision de l’œuvre.

Il peut être important de s’intéresser à la hauteur sous plafond, si vous envisagez d’exposer des pièces de grande dimension ou mobiles.

Il faut également prêter attention aux murs et cloisons, car suivant leur nature, vous ne pourrez pas forcément y accrocher toutes les pièces que vous souhaitez.

Les équipements du lieu d’exposition

Un autre élément du lieu doit retenir votre attention : les équipements. Suivant les œuvres à exposer, il faut repérer :

  • les prises électriques (avec ou sans prise de terre, ampérage), connexions informatiques (types, débit)
  • la présence de cimaises et leur nombre
  • le type de vidéoprojecteurs (technologie, branchements)
  • les éclairages (nombre, puissance, orientable ou non)
  • les rideaux (occultant ou non)
  • le type de cloisons (amovibles, mobiles)
  • Les éventuels socles pour poser des œuvres.

L’emplacement du lieu

Enfin, il vous faut considérer l’emplacement du lieu dans son environnement :

  • est-il facilement accessible ?
  • peut-on stationner à proximité pour faciliter l’arrivée des œuvres et leur déchargement ?
  • est-il propice au type d’exposition que vous envisagez ?
  • quels sont les autres équipements culturels privés comme publics avoisinant et leurs horaires d’ouverture ?
  • quelle est sa fréquentation habituelle ?
  • le lieu dispose-t-il d’un site ou d’une page, d’un compte sur les réseaux sociaux ?
  • à quelle distance du lieu d’exposition conservez-vous les œuvres à exposer ? En effet, l’éloignement du lieu d’exposition conditionnera votre budget de transport (aller comme retour).

Les services disponibles

Au-delà des qualités de l’espace que vous envisagez d’investir, il faut également vous informer sur les services liés à son occupation. Je vous propose une check-list des questions que vous devrez poser au gestionnaire d’un lieu d’exposition.

Certains espaces peuvent vous accueillir gratuitement mais prendront une commission sur les ventes que vous réaliserez. D’autres vous feront payer une somme forfaitaire et vous laisseront toute latitude pour gérer l’ensemble de l’organisation et des ventes potentielles.

Aussi, il vous faut demander le prix de la location et les prestations qu’il comprend. Il est primordial de rédiger un contrat écrit ET signé par toutes les parties prenantes. Ce document vous permettra de connaître en détail les obligations, droits et responsabilités de chacun. De plus, il sera opposable aux tiers et servira à des arbitrages en cas de désaccord. Enfin, il sera indispensable si vous devez ou souhaitez contacter une assurance.

Munis de tous ces éléments, vous aurez en main la capacité de choisir le meilleur lieu pour organiser seul une exposition.

3. Étapes de l’organisation d’une exposition

Il n’y a pas UN modèle d’organisation d’une exposition. Chaque événement est unique et nécessite une préparation dédiée. Toutefois on peut lister un certain nombre d’actions incontournables.
Après un premier choix d’œuvres définissant un thème (et un seul) puis celui d’un lieu, les tâches vont être assez nombreuses et diversifiées.

Planifier

Afin de ne pas se disperser, il est nécessaire de définir les tâches à mener, à quel moment et dans quel ordre. Certaines ne peuvent être réalisées qu’après d’autres. Cette étape est donc importante. Plus vous aurez veillé à penser les étapes en amont, moins vous aurez de mauvaises surprises dans la réalisation.

Je vous conseillerais d’établir un rétroplanning. C’est à dire la réalisation d’un planning se fondant sur la date de fin prévue : le vernissage ou l’ouverture de l’exposition. Cela oblige notamment à se contraindre sur la durée de chaque tâche. L’objectif est d’être le plus efficace possible. Il faut noter que les tâches liées à l’organisation d’une exposition ne se terminent pas le jour du vernissage. Elles se poursuivent durant toute votre exposition, et même après.

Il vous faut donc débuter par une « to do list » . Vous y noterez tout ce qui doit être fait pour votre projet d’exposition. Ensuite, essayez de regrouper ces tâches par thème ou domaine de responsabilité. Je vous propose un modèle de liste des tâches à accomplir pour organiser seul une exposition.

Ensuite, il faut organiser vos tâches :

  • Liens entre chaque tâche et de leur interdépendance (certaines tâches ne peuvent débuter que lorsque d’autres ont commencé ou sont achevées).
  • Contraintes extérieures que vous serez amenés à rencontrer.
  • Poser des jalons, ou date butoir, pour les tâches devant absolument être terminées à une certaine date.
  • Prendre en compte, dans vos tâches de communication, les fréquences de parution des organes de presse que vous souhaitez contacter. Pour un mensuel, il faut prévoir d’envoyer votre dossier de presse le 10 du mois précédent celui au cours duquel votre exposition se déroulera, sinon les magazines contactés n’auront plus le temps d’insérer un éventuel encart dans leurs agendas.

Vous pouvez, par exemple, consulter le planning établi pour l’exposition 100 Mona Lisa valent mieux qu’une.

Produire

La production d’une exposition peut être chronophage. Aussi, il faut une bonne organisation en amont :

  • lister tout ce qu’il y a à faire en fonction des œuvres exposées.
  • prévoir tous les achats ou travaux nécessaires.
  • planifier l’ordre des tâches.

De l’aide peut s’avérer utile, notamment si vous avez peu de connaissances en électricité ou éclairage, ou encore des besoins spécifiques liés à vos œuvres ou à l’espace. Afin de ne pas vous disperser, voici quelques tuyaux !

Pensez d’abord votre scénographie.

Si vous exposez seul, vous pouvez vous faire aider par un autre artiste, un commissaire d’exposition, votre enseignant … Si vous exposez de manière collective, la scénographie peut s’organiser collectivement, chacun devant conserver à l’esprit la thématique ; vous pouvez aussi désigner un commissaire d’exposition ou un scénographe parmi vous.

De votre scénographie découleront beaucoup de choses dans la suite de la production. C’est l’opportunité de lister précisément tout ce dont vous avez besoin pour exposer chaque œuvre (accrochage et éclairage). Vous pourrez ajuster votre liste en la testant dans l’espace d’exposition, ce qui peut modifier vos besoins (branchements, cartels, etc.). Cela vous permettra aussi d’affiner votre communication (dossier de presse, médiation) qui peut en tenir compte.

Définissez un cheminement cohérent entre les œuvres. Veillez à laisser libre d’accès les sorties de secours. Prévoyez suffisamment d’espace pour que les visiteurs ne se télescopent pas ou ne soient pas face à face, ne bousculent pas les œuvres.

Organisez enfin le montage.

Si l’espace est géré par une équipe, il vous faut définir le mode de collaboration et le degré d’autonomie de chacun, afin qu’il n’y ait pas de malentendus. S’il n’y a pas d’accrochage fourni (cimaises notamment), assurez-vous que le contrat vous autorise à faire des trous aux murs. Avant de percer un mur, choisissez les bons outils (mèches, chevilles, vis en fonction du poids de l’œuvre) afin de ne faire que le minimum nécessaire ; si vous abîmez un mur, au mieux il vous faudra le ré-enduire, au pire il vous faudra payer sa réfection (voir votre contrat).

Une fois les œuvres définitivement placées, vous pouvez vous préoccuper des éclairages et finitions (cartels, branchements et leur sécurisation).

Envisagez la maintenance de l’exposition, afin de ne pas être pris au dépourvu sur les consommables à stocker (ampoules de rechange par exemple).

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